Jorj Morin

Dessin

Dessin

PERSONNAGE AILÉ, 1963, 38x56cm, Pastel à l’huile sur papier.
PERSONNAGE AILÉ, 1963, 38x56cm, Pastel à l’huile sur papier.

Outil quotidien d’élaboration de la pensée créatrice de Jorj Morin, le dessin accompagne ses différents modes d’expression. Ses premiers dessins vers 1930 sont figuratifs, ils nourriront, dans les années 40, l’édition de plusieurs livres d’art et des livres pour enfants.
A la fin des années 40, le dessin est déjà plus allusif qu’illustratif. Pour sa première exposition personnelle à la galerie Michel Columb en 1950, Jorj Morin propose une série de dessins inspirés d’un poème de Rilke. Il fait le choix délibéré de la non-figuration au tournant des années 50.
Certains dessins constituent des séries qui traduisent son goût pour la poésie. Quelques unes ont été publiées : OISEAUX et CHAMP CARRE.
Il explore de nouvelles pistes formelles avec une série de dessins au pastel gras à la fin des années 60.
Les dessins à l’encre sont parfois rehaussés d’aquarelle, et, surtout à partir de 1970, ils sont souvent effectués sur monotype, c’est-à-dire sur un fond coloré préalablement imprimé.

Jorj Morin sur le motif

SAINT JEAN DE MONTS, 1949, dessin 25x32cm, crayon sur papier, signé, daté
SAINT JEAN DE MONTS, 1949, dessin 25x32cm, crayon sur papier, signé, daté

Si ses premiers dessins paraissent aujourd’hui étrangers à l’ensemble de son œuvre devenue, assez tôt, non-figurative, Jorj Morin a, cependant, beaucoup dessiné sur le motif. De son voyage dans le Finistère à l’été 1936 il rapportera de nombreux croquis pris sur le vif, femmes en costume, scènes de marchés, notamment du pays bigouden, une touche bretonne que l’on retrouvera dans ses livres illustrés, le dessin de ses meubles, et certaines productions publicitaires.
Plus tard, il croquera brièvement ses enfants et plus abondamment les paysages vendéens, les étiers, les petits ports de pêche du Collet et de l’Épois. Les barrières de champ seront un de ses motifs récurrents, y compris lorsqu’il évoluera vers une expression non-figurative.

Dessin, poésie et abstraction

ELEGIE DE DUINO, 1949, dessin 32x26cm, référence au poème de Rilke, exposition galerie Michel Columb, Nantes
ELEGIE DE DUINO, 1949, dessin 32x26cm, référence au poème de Rilke, exposition galerie Michel Columb, Nantes

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Michel Columb, en 1950, Jorge Morin propose une série de dessins réalisés à partir de poèmes de Rainer Maria Rilke. L’artiste explique lui-même sa nouvelle manière et son état d’esprit :
« Ces dessins ne sont pas des illustrations de tel ou tel poème de Rilke, mais une suite de démarches pour aborder le monde du poète. L’œuvre poétique peut éveiller chez un peintre le désir de faire une expérience parallèle, le désir de recréer plastiquement cet univers où la surface des choses est transparente, ce monde végétal rempli de présences, où l’homme se sent le frère de l’arbre, porte le poids de toute la création, où les anges passent comme des éclairs, où le fruit, la rose ont tout naturellement un parfum d’infini. »

Une expression abstraite, mais proche de la nature

PROMENADE DANS LE BOIS, 1955, 18x24cm, dessin encre et aquarelle sur papier, signé, daté.
PROMENADE DANS LE BOIS, 1955, 18x24cm, dessin encre et aquarelle sur papier, signé, daté.

«  …Mais pour le dessin dont le moindre trait est définitif, pour l’aquarelle ou le pastel, il ne peut être question de supprimer ou d’élaguer. Il faudra donc redoubler d’attention pour ne pas imposer du dehors un mouvement qui ne naîtrait pas de la composition elle-même. C’est ce qui rend si passionnante la pratique de ces disciplines et - raisonnablement - si improbable la réussite. » Jorj Morin dans Naissance de la peinture.

Comme l’araignée tisse sa toile

SANS TITRE, dessin 1971, 25x32cm, dessin encre sur papier Rives, signé, daté, Rétrospective 1975 cat. 246.
SANS TITRE, dessin 1971, 25x32cm, dessin encre sur papier Rives, signé, daté, Rétrospective 1975 cat. 246.

« Dessiner sur la feuille blanche comme l’araignée tisse sa toile : se maintenir sur un plan, chaque ligne solidaire de ses voisines et de l’ensemble. L’araignée réussit à coup sûr alors que je me tromperai certainement si je ne retrouve pas cette intelligence de l’instinct. (…) Une des vertus du dessin : la brièveté. » Jorj Morin dans Naissance de la peinture.

Dessiner pour des murs

3 PROJETS DE DECORATION MURALE, dessin 1967, gouache sur papier.
3 PROJETS DE DECORATION MURALE, dessin 1967, gouache sur papier.

En 1967 Jorj Morin travaille sur ses premiers projets de décoration murale en mosaïque. Il produit un très grand nombre de dessins préparatoires, en particulier pour la décoration de murs d’écoles. Les couleurs très vives, les formes très libres et les titres comme « jour de fête » dénotent une intention ludique à destination du jeune public.

Le dessin sur monotype

BAVARDAGE (détail), 1986, monotype et dessin 30x19,5cm, daté, signé.
BAVARDAGE (détail), 1986, monotype et dessin 30x19,5cm, daté, signé.

Le monotype et le dessin sur monotype sont des modes d’expression que Jorj Morin affectionnera surtout à partir de 1980.
La plaque de cuivre (ou autre matériau) est préalablement encrée, puis disposée sur le plateau de la presse. Là l’artiste appose quelques menus objets sur la plaque encrée, des fils, un ruban par exemple comme ici, qu’il recouvre de la feuille de papier.
Après passage sous la presse, les objets seront délicatement enlevés, ménageant autant de lacunes et de reliefs sur le papier. Dans cette technique le hasard n’est pas absent, hasard que l’artiste va exploiter ensuite par des ajouts dessinés.

Derniers dessins

< RASSEMBLEMENT IMPREVU (I), 91, dessin sur monotype. > SANS TITRE, 94, encre et aquarelle.
< RASSEMBLEMENT IMPREVU (I), 91, dessin sur monotype. > SANS TITRE, 94, encre et aquarelle.

C’est à l’occasion d’une exposition à la galerie Le Scribe à Montauban que Paul Duchein parle des monotypes et surtout relève la filiation avec l’œuvre de Paul Klee : « Sur de petits rectangles de papier, avec tout l’amour que Paul Klee portait à ses créations étranges et poétiques, Morin prépare soigneusement des nappes modulées de couleurs, par le procédé du monotype ; non pas des aplats ternes et sans vie, mais des passages transparents, vibrants, nacrés par place, nuancés de pervenche, de carmin, de sable gris ou ocre ». La Dépêche du midi 12 avril 1984.