Jorj Morin

Peinture

Un peintre discret une peinture abstraite et sensible

Ci-contre : Photo tirée du film « Jorj Morin, du dessin au dessin » de P. Hervouet et V. Rousseau, ARHA
Ci-contre : Photo tirée du film « Jorj Morin, du dessin au dessin » de P. Hervouet et V. Rousseau, ARHA

Après une période figurative, de 1930-1953, Jorj Morin choisit définitivement un mode d’expression abstrait dans sa peinture, sa gravure, ses dessins. Il s’exprime d’abord dans des formes constituées d’entrecroisements de lignes, faisant penser à une épure d’éléments végétaux, arbre, paysage ou barrière de champ (1954-1959). Puis il utilise un jeu complexe de taches, rejoignant temporairement Le Moal et Bazaine (1960-1963) pour évoluer ensuite vers des formes plus affirmées (1964-1965).
En 1974, il adopte l’acrylique, et sa peinture se développe à partir de motifs géométriques, parfois en déséquilibre et laissant libres des fonds très travaillés. Enfin, de 1986 à 1993, la peinture de J. Morin exprime une recherche de l’essentiel, avec une simplicité parfois extrême.
L’œuvre peint de Jorj Morin comporte 480 titres. Ses notes sur le peintre et la peinture  Naissance de la peinture  sont publiées en 1972 chez Grasset (épuisé).

Premiers pas comme illustrateur

30-01 LES PORTES, 1930, huile, 46x55cm, signé Jorge Morin en bas à droite.
30-01 LES PORTES, 1930, huile, 46x55cm, signé Jorge Morin en bas à droite.

Une petite quarantaine de peintures figuratives, sur bois, isorel puis sur toile sont réalisées jusqu’en 1953. Au début, ce sont des petits formats traités à la gouache, s’inspirant de lieux familiers de Nantes et des environs, et dont l’esthétique est proche de ses travaux d’illustrateur et de décorateur.

Le choix de l’abstraction

54-02 LABYRINTHE 54, 1954, huile, 46x55cm, signé Jorj Morin en bas à droite.
54-02 LABYRINTHE 54, 1954, huile, 46x55cm, signé Jorj Morin en bas à droite.

C’est en 1954 que Jorj Morin, dépouillé de toute démarche décorative, entre véritablement en peinture, une peinture non figurative, comme son dessin, sa gravure. À cette date il note sur son carnet personnel : « Peinture à l’huile, nouveaux débuts ».
Le critique Guy David souligne « la sensibilité présente dans le jeu intelligent des formes et des couleurs, dans une gamme volontairement froide, réchauffée par le jaune et le bleu intense… une musique du silence.  »

Années 50 premières expositions à Nantes

56-06 FRUITS, 1956, huile, 46x55cm, signé Jorj Morin en bas à droite
56-06 FRUITS, 1956, huile, 46x55cm, signé Jorj Morin en bas à droite

Jorj Morin expose ses toiles à Nantes lors des Rencontres d’Octobre et participe à l’exposition Regards sur la peinture contemporaine, à Nantes en 1956, où PASSAGE VERS LA MER sera le premier achat officiel par la ville de Nantes. En 1959, une exposition personnelle à la galerie Michel Columb rassemble 20 peintures dont GRANDE VOÛTE D’ORVAULT, JOIE-REFLETS, PAIX DU SOIR, ESPACE FERME, FORCES COHERENTES

Quelques années proches de l’abstraction lyrique

61-01 LE CIEL RIT, TRYPTIQUE DE PÂQUES (I), 1961, huile, 73x100cm , signé Jorj Morin en bas à droite.
61-01 LE CIEL RIT, TRYPTIQUE DE PÂQUES (I), 1961, huile, 73x100cm , signé Jorj Morin en bas à droite.

Les années 1960-1963 représentent un moment particulier pendant lequel Jorj Morin abandonne ou, du moins met en retrait, la forme linéaire pour restructurer le tableau par un jeu complexe de taches, rejoignant temporairement Le Moal ou Bazaine.
« Je me suis trouvé à un certain moment vers 1960 très proche de Jean Bazaine et de toute son école. Je ne crois pas que j’ai été influencé pourtant directement par lui, quoique je le connaisse bien. » écrit J. Morin en 1967 à la directrice de la galerie Nouvelle gravure à Paris.

Retour à des formes géométriques

75-03 CONSTRUCTION HÉSITANTE, 1975, peinture à l’huile et acrylique, 100x73cm, signé Jorj Morin en bas à droite.
75-03 CONSTRUCTION HÉSITANTE, 1975, peinture à l’huile et acrylique, 100x73cm, signé Jorj Morin en bas à droite.

Après un arrêt de huit années, Jorj Morin revient à la peinture en 1974, et la perspective d’une grande rétrospective, prévue pour 1975 au musée des Beaux-arts de Nantes, le motive particulièrement. Elle aura lieu dans le patio du musée de juin à septembre.
Il peint maintenant beaucoup de grands formats, d’où se dégage « une poésie de vitrail, avec des formes très imbriquées. La géométrie n’est plus rigide mais souple… Une sorte d’élan associant puissance et sérénité… » note Michel Maison dans Presse-Océan.

Une peinture sereine et dépouillée

87-01 L’OISEAU BLANC (II), 1987, peinture acrylique, 81x116cm, signé Jorj Morin en bas à droite.
87-01 L’OISEAU BLANC (II), 1987, peinture acrylique, 81x116cm, signé Jorj Morin en bas à droite.

En fin d’année 1985, Gaston Diehl préface le catalogue raisonné de l’Œuvre gravé publié aux éditions Galarté et écrit alors :
« Dans sa peinture, mieux encore dans le domaine graphique, il a réussi à entraîner la conviction par cette force de l’évidence et du Signe à peine formulé qu’il a su graduellement conduire et imposer. Austérité, dépouillement, mais non pas pauvreté, régissent son choix parmi les éléments ou les procédés auxquels il recourt, en limitant au maximum leur nombre ».
Ce texte semble préfigurer l’évolution de la peinture de Jorj Morin au cours de ses dernières années.

Simplicité extrème des formes et richesse des fonds

90-01 GÉOMÉTRIE DANS L’ESPACE, 1990, 60x81cm, acrylique, signé Jorj Morin en bas à gauche.
90-01 GÉOMÉTRIE DANS L’ESPACE, 1990, 60x81cm, acrylique, signé Jorj Morin en bas à gauche.

Les tableaux de la dernière période, 1986-1993, continuent la voie déjà tracée mais avec une recherche de l’essentiel. Plus le dessin sont simplifiés, plus la matière des couleurs est travaillée, donnant une impression de calme, de sérénité non dénuée comme toujours d’une gaieté sous-jacente.
En 1991, à Nantes, dans la tour du Fer à cheval du Château des Ducs de Bretagne, une exposition, organisée par Vincent Rousseau, conservateur au musée des Beaux-arts, réunit Louis Ferrand et Jorj Morin. Les deux artistes poursuivent ainsi un dialogue entrepris 50 ans plus tôt et une amitié qui n’a pas faibli à travers les projets, les combats pour faire connaître la vie artistique dans leur ville de Nantes, dans une estime et un respect mutuels.